Frédéric Caudron revient dans une interview exclusive sur son retour sur le circuit UMB l'an dernier,th et son quatrième titre de champion du monde remporté dans son pays natal seulement 16 mois après.
De retour après une double opération de la hanche et repartant tout en bas du classement UMB, la légende belge s'est battue pour revenir au sommet grâce à sa détermination, sa concentration et un esprit de champion.
Dans cette interview, il révèle comment il gère la pression, ce qui le motive après des décennies au plus haut niveau, et comment il perçoit l'évolution du carambole.
Un regard sincère dans l'esprit de l'un des plus grands joueurs de carambole.
Le retour de Frédéric sur le circuit UMB et son titre mondial de carambole
Quel effet cela fait-il d'être à nouveau champion du monde ?
C'est un moment particulier car je n'ai repris la compétition à l'UMB qu'en mai 2024, lors de la Coupe du Monde au Vietnam. Cela faisait seulement six semaines que j'avais subi une double opération de la hanche. Pendant plusieurs années, j'avais souffert des genoux à cause de cela. L'opération de la hanche elle-même est assez éprouvante les premières semaines, mais la rééducation est relativement courte. Malgré tout, c'était une erreur de reprendre la compétition si vite, car je souffrais encore un peu. Mais j'ai tout de même réalisé un très bon tournoi.
J'ai battu des joueurs de haut niveau lors de la phase de poule et de la phase finale. J'ai atteint les quarts de finale malgré un passage par tous les tours de qualification. Du premier tour, le lundi, jusqu'au samedi, j'ai disputé douze matchs, ce qui est plutôt bien pour un retour sur une jambe on va dire.
Avant la Coupe du Monde au Vietnam, je me souviens d'être classé 3,214 au classement UMB. Mais tous les joueurs derrière moi avaient zéro point, donc j'étais bon dernier. J'ai commencé à remonter petit à petit, mais je n'ai pas pu participer à tous les tournois pour diverses raisons. Je ne suis pas allé en Corée cette année-là, ni en Colombie en février dernier. Malgré cela, j'ai continué à progresser lentement.
Évidemment, quand on part de zéro, on progresse vite. J'ai marqué des points à chaque tournoi. J'ai atteint la finale de la Coupe du Monde à Veghel, une demi-finale à Porto et de nombreux quarts de finale ; donc, globalement, de très bons résultats. Malgré l'absence de victoire.
Le fait de revenir à l'UMB et de repartir du bas du classement a dû vous mettre une certaine pression ?
À l'origine, je suis revenu pour jouer des tournois dans une ambiance positive et prendre du plaisir à chaque match. Mais cela met aussi beaucoup de pression car de nombreux joueurs, et de bons joueurs, sont en compétition dès les premiers jours. Il y a toujours des joueurs forts qui débutent le lundi car ils ne participent pas tous à tous les tournois. Les groupes sont composés de trois joueurs. Les matchs sont plus courts au début : 30 points, puis on passe à 35-40 points. Mais à 30 points, on n'est jamais à l'abri des mauvaises surprises. Lors d'un tournoi en Turquie, j'ai été surpris dès le troisième tour des qualifications. J'ai perdu au troisième tour éliminatoire. Mais ce sont des choses qui arrivent. Je savais de quoi j'étais capable en revenant à l'UMB, même si on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et quand on voit sa progression rapide au classement, cela motive encore plus.
À quel moment avez-vous réintégré le Top 14 pour obtenir le statut « protégé » ?
Après Porto en juillet 2025, j'étais protégé pour la Coupe du Monde suivante à Anvers, prévue en octobre, la semaine précédant le Championnat du Monde. Il m'a fallu huit Coupes du Monde pour y arriver, ce qui est plutôt rapide.
Lorsque vous faites partie des 14 meilleurs, vous commencez directement le vendredi en phase de groupes car vous bénéficiez d'un statut protégé, ce qui est très important.
Cependant, pour le Championnat du Monde, mon classement était insuffisant. Il existe deux classements : le classement des tournois UMB et le classement mondial. N'ayant participé à aucun tournoi UMB depuis cinq ans, je n'avais pas assez de points pour me qualifier.
Votre objectif était-il de grimper suffisamment vite au classement pour obtenir une qualification automatique pour le Championnat du Monde ?
Non, car le Championnat du Monde n'était pas l'objectif ultime, mais l'un des plus importants. Mon but était d'intégrer le Top 14, car cela garantit un statut privilégié : on est assuré de commencer dès le vendredi et on reçoit automatiquement des invitations pour tous les tournois majeurs.
Le Championnat du Monde n'était donc pas l'objectif principal à ce moment-là. Mais l'objectif est de participer à tous les grands tournois, et le Championnat du Monde en fait partie.
Comment as-tu pu participer au Championnat du Monde malgré ton classement ?
J'ai reçu une invitation de l'organisateur belge, une Wild Card. En théorie, je n'aurais pas dû participer au tournoi d'Anvers, car mon classement mondial n'était pas suffisant, à une ou deux places près. Honnêtement, il est évident que pour l'organisateur, me donner cette invitation était judicieux compte tenu de ma réputation en Belgique. Et bien sûr, c'était une excellente opportunité pour moi.
Je me demande si un joueur invité a déjà remporté un Championnat du Monde avant moi. C'est possible, car en général, les invitations ne sont pas attribuées aux favoris. Elles sont plutôt données aux joueurs locaux, les favoris étant généralement bien classés.
Gérer la pression et exceller dans le carambole de haut niveau
Comment s'est déroulé le Championnat du Monde d'Anvers ?
Il y avait d'abord eu la Coupe du Monde à Anvers la semaine précédente et ça ne s'était pas bien passé pour moi. Je n'ai pas bien joué. J'ai été éliminé en seizièmes de finale, bien en deçà de mes attentes. Globalement, je n'ai pas été à la hauteur, et je ne savais pas vraiment pourquoi.
Cette défaite précoce en Coupe du Monde m'a ramené à la réalité. Le choc a été brutal. Un véritable électrochoc, qui m'a rappelé que rien n'est jamais acquis. Je suis donc revenu la semaine suivante pour le Championnat du Monde avec un état d'esprit beaucoup plus concentré et moins frivole.
Je suis un joueur passionné, et il m'arrive parfois de me perdre un peu. J'ai compris que je devais travailler là-dessus. Du coup, cette Coupe du Monde a été une mauvaise répétition, mais au final, elle m'a permis de réaliser une excellente performance au Championnat du Monde, car les choses ont pris une tournure complètement différente.
La phase de poule n'a pas été particulièrement facile. J'étais avec deux Coréens, et on sait que les Coréens sont difficiles à jouer. J'ai gagné mon premier match et j'avais déjà une meilleure moyenne que les deux autres joueurs, donc rien ne pouvait vraiment m'arriver au classement. J'ai perdu mon deuxième match, même si j'ai bien joué, mais j'ai quand même terminé premier de mon groupe. À partir des seizièmes de finale, j'ai bien joué à chaque match. Très concentré, avec une excellente moyenne générale.
J'ai très bien joué en demi-finale, mais j'ai mal entamé la finale. Je me demandais ce qui se passait, car mon début de match était catastrophique. Heureusement, mon adversaire n'a pas non plus pris un bon départ. Nous avons tous les deux commencé lentement, puis il a pris une légère avance. Mais c'est à ce moment-là que j'ai commencé à bien jouer et que je l'ai dépassé. La fin a été stressante, bien sûr. Tout aurait pu basculer d'un côté comme de l'autre. Mais au final, je me sentais bien. J'avais vraiment envie de gagner ce match, car j'étais à nouveau très concentré et mentalement fort.
J'ai globalement bien joué, sauf en début de finale. Une finale est toujours stressante. Il y avait 600 ou 800 personnes dans la salle. Je jouais contre un Belge, Eddy Merckx, en Belgique. Le public était donc un peu partagé, mais juste. Les organisateurs n'auraient pas pu rêver mieux.
Comment avez-vous géré la pression ?
On vit avec la pression, mais la force d'un joueur réside dans sa capacité à la maîtriser quand c'est nécessaire. C'est pourquoi j'étais content. Ça s'est bien passé, car sous pression, il arrive qu'on ne puisse plus la contrôler. Pour moi, au Championnat du Monde, c'était comme d'habitude. Un tournoi comme un autre. Je joue depuis 35 ans. J'ai disputé de nombreuses finales. Ce n'était pas la première fois. Mais parfois, pour des raisons inexplicables, on perd ses moyens. On est stressé, on a mal au bras, le corps ne répond plus. C'est là qu'il faut puiser dans ses ressources mentales pour se ressaisir rapidement.
Qu'avez-vous ressenti en devenant champion du monde pour la quatrième fois ?
Gagner un tournoi, une Coupe du Monde ou un Championnat du Monde, c'est toujours formidable. Mais la sensation est la même. Bien sûr, c'est le plus grand tournoi qu'on puisse remporter. Mais le sentiment est identique lorsqu'on gagne une finale, que ce soit une Coupe du Monde ou un Championnat du Monde. La tension est la même, les adversaires sont les mêmes, les sensations sont les mêmes. Mais après coup, on réalise qu'on a vraiment gagné un Championnat du Monde. Pas forcément sur le moment. Sur l'instant, on n'y pense pas.
Ce sont les autres qui vous font prendre conscience de votre exploit : les médias, les félicitations sur les réseaux sociaux. Mon post concernant cette victoire a suscité plus de commentaires et de Likes que tous les autres. Cela prouve que pour les fans, remporter un Championnat du Monde est différent de remporter une Coupe du Monde.
Mais d'un point de vue sportif, c'est pareil. Ma première victoire au Championnat du Monde a été un moment vraiment exceptionnel. Mais ensuite, quand on enchaîne les victoires, on ressent la satisfaction sur le moment, mais après, on n'a qu'une envie : rentrer chez soi et se reposer. Une fois la compétition terminée, la pression retombe et je veux juste me reposer.
Qu'est-ce qui vous motive à continuer de gagner des titres quand vous avez déjà tout gagné ?
Quand je participe à un tournoi, je veux prendre du plaisir, mais mon objectif principal est de gagner. Le baron de Coubertin disait que l'important est de participer. C'est faux. Je veux gagner. Je ne vais pas aux compétitions pour faire du tourisme. Le sentiment de victoire est ma plus grande motivation.
Votre image est-elle importante pour vous ?
Oui, mon image est très importante. Je veux qu'on se souvienne de moi comme d'une personne honnête, amicale et accessible. Je ne veux pas qu'on puisse me reprocher quoi que ce soit.
Malheureusement, ces dernières années, j'ai été la cible d'attaques visant à ternir mon image. J'ai parfois essayé de me défendre, mais j'ai compris que cela n'en valait pas la peine. Je connais mes valeurs et qui je suis, et ceux qui me connaissent et m'apprécient n'ont besoin d'aucune preuve. Au final, c'est le plus important.
Je ne laisse pas transparaître mes émotions à la table, car cela nuit à mes résultats. Les émotions négatives renforcent l'adversaire, qui voit que je suis en difficulté. Si je rate un point, je me rassieds. Je ne fais pas d'esclandre.
L'avenir du carambole vu par Frédéric
Comment voyez-vous le reste de votre carrière ?
Je joue moins qu'avant. Il y a 10 à 15 ans, je disputais 200 matchs officiels par an, soit en moyenne deux matchs tous les trois jours. Je parcourais entre 50,000 60,000 et XNUMX XNUMX km par an en voiture. Je participais à toutes les compétitions, tous les championnats. J'ai joué en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne. J'ai également joué pour une équipe en Espagne, et parfois au Portugal. J'étais en déplacement trois ou quatre fois par semaine.
Maintenant, en fonction de mon emploi du temps, je choisis où jouer sans aucune obligation, car la vie personnelle est très importante… Et j'essaie désormais de me concentrer davantage sur les tournois. C'était devenu ingérable pour moi. Avec l'âge, je recentre mes efforts. Je joue maintenant environ 60 à 70 matchs par an.
Et comment voyez-vous l'évolution du carambole en général ?
Le sport évolue progressivement, car la couverture médiatique pose toujours problème. Avec le streaming, il est un peu plus accessible. Mais la télévision reste encore assez fermée. Les prix contribuent à sa visibilité et attirent les médias. Par exemple, lorsque Luca Brecel est devenu champion du monde de snooker, il a remporté le titre et empoché 500,000 XNUMX euros pour ce tournoi. Et en Belgique, on parle encore régulièrement de lui, même deux ans après son sacre. En revanche, au carambole, les prix sont trop faibles pour attirer les médias, surtout la télévision. Pour une meilleure couverture médiatique, il faut augmenter les prix ; mais pour augmenter les prix, il faut une meilleure couverture médiatique. C'est compliqué. C'est un sport qui reste trop confidentiel.
Mais le niveau mondial progresse. Dans certains pays, les jeunes pratiquent beaucoup le carambole. Ce jeu est très populaire dans certains pays d'Asie, en Turquie et en Amérique du Sud. Plus il y a de joueurs, plus les clubs se multiplient dans les villes, plus les jeunes ont de chances de découvrir le billard et de s'y intéresser ; sa popularité ne fera que croître.